Bien qu'étant marié depuis près de 11 ans déjà, je dois confesser aujourd'hui qu'une partie de mon coeur ne sera jamais accessible à ma femme et mes enfants. Il s'agit d'un petit coin secret de mon coeur où j'entretiens des sentiments très particuliers envers une tierce personne: ma Hyundai Accent 1996. Aujourd'hui, j'aimerais délier les pages de mon journal intime et vous partager les hauts et les bas de cette relation très passionnée.
Je mentirais en disant que ce fut le coup de foudre dès le départ. A vrai dire, tout débuta par un mal de coeur. C'est que cette Hyundai était couverte de ce que le concessionnaire appelait une peinture d'origine mais que je qualifierais plutôt de désastre originel... une sorte de croisement entre le rose pouliche, le saumon cancéreux, le gris louche et le lilas dégénéré. En fait, il est évident que Hyundai avait un surplus de rouge provenant de la Tiburon et un surplus de gris venant de l'Élantra et que dans le cadre d'un savant coup de théâtre comptable, la compagnie s'était résolue à passer les restants sur le bas de gamme de leur collection.
Mais tout comme on ne juge pas un sapin à ses fruits, je ne pouvais me résoudre à dédaigner cette voiture pour des motifs aussi superficiels. Une partie de moi était en quelque sorte attirée par cette japonaise aux yeux bridés. Un lecteur naïf pourrait percevoir ici une teinte de romantisme mais il n'en est rien. La vérité c'est qu'une partie dysfonctionnelle de ma personnalité était métaphysiquement attirée par une voiture à la personnalité tout aussi dysfonctionnelle.
Les années passèrent donc, puis un jour le destin frappa. Je devins propriétaire de cette voiture.
De l'intérieur, la voiture n'était finalement pas si terrible. Hyundai avait eu la présence d'esprit de ne pas mettre leur couleur grotesque à l'intérieur aussi... ce qui aurait nécessité l'ajout de bacs à vomi côté conducteur et passager, faisant grimper la facture totale et faisant perdre à cette brave bête son statut de voiture à bon prix. Non, l'intérieur était d'un beige somme toute assez standard. Mais le premier coup d'oeil passé, on pouvait déjà pressentir que quelque-chose n'allait pas. A commencer par ce « check engine » qui demeurait bêtement allumé en tout temps. Au départ, profitant de mes connaissances approfondies de l'anglais, je crus que cela signifiait que je devais vérifier le moteur. Mais au fil des années, je compris que « check engine » signifiait: « Fais gaffe à l'angine », puisque les multiples déboires de cette voiture pouvait avoir de sérieuses répercussions sur mon coeur.
Autre point décevant: la radio n'émettait qu'un très faible grésillement à l'arrière de la voiture. L'année d'après, vraiment trop contrarié, j'allais démonter les portières avant et réaliser qu'il n'y avait pas de hauts-parleurs là où il devait y en avoir. Ma belle-mère me jura qu'elle n'avait jamais enlevé ces hauts-parleurs, ce qui me mettait face à deux possibilités: ou bien la voiture avait été vendue avec les hauts-parleurs avant en option (ce qui serait le comble de la médiocrité), ou bien ces hauts-parleurs avaient été volés. Savez-vous qu'une personne qui cambriole des hauts-parleurs de... bof...15 watts... dans une voiture qui ne vaut qu'une poignée de dollars représente un danger réel pour la société? Vous rendez-vous compte du degré d'atteinte mentale d'une telle personne?
Qu'importe. Étant un castor bricoleur et un maniaque de l'électronique, j'ajoutai de puissants hauts-parleurs dans les portières avant. Mais je n'obtins finalement qu'un son dont la qualité rappelait ces jouets pour bébé qui crachent et sifflent des phrases inintelligibles et qu'on rêve de faire voler en éclat d'un violent coup de pied.
Ce que j'ignorais alors, c'est que la radio faisait partie d'un système électronique irrémédiablement voué à la dégénérescence. Comme une tumeur qui prend naissance dans le cerveau et se répand dans le corps entier, un mal mystérieux sommeillait dans les entrailles de cette Hyundai et les années suivantes allaient me réserver de nombreuses surprises.
Débutons par ce clignotant. En principe, un clignotant sert à indiquer là où on veut tourner. Mais dans le cas de ma Hyundai, le clignotant servait à faire griller un circuit électrique entier et à transformer ma transmission 5 vitesses en une transmission 1 vitesse seulement. Je devais donc m'abstenir d'utiliser les clignotants. Une tâche aussi impossible que de s'abstenir de lever l'interrupteur lorsqu'on entre dans une chambre tout en sachant qu'il n'y a plus d'électricité: le réflexe est bien trop ancré. Je pris donc l'habitude d'insérer un emballage de chausson aux pommes McDonald sur le levier du clignotant afin de me rappeler de me tenir tranquille. Mais même là... dans des excès d'enthousiasme, il m'arrivais quand même de faire le mouvement fatal et de foutre le pagaille dans ma transmission. Je découvris alors l'utilité de ce petit compartiment mystérieux situé à la gauche de mon volant. Il s'agissait d'un compartiment pour mettre sa réserve de fusibles, que je me mis à acheter en gros au Canadian Tire pour ensuite les faire griller à la chaîne.
Il advint alors une sorte de changement dans les sentiments que j'éprouvais envers ma voiture. Certes, j'appréciais les services qu'elle me rendait, mais du même coup je réalisais que des fils se touchaient à l'intérieur. Qu'allait être donc la prochaine aventure? Un allume-cigarette qui crache du lave-glace? Un ventilateur qui souffle du monoxyde de carbone au lieu de souffler du vent? Un essuie-glace qui est pris d'une crise panique et qui essaie de s'engouffrer dans mon habitacle pendant que je roule sur l'autoroute?
Ah... si seulement ça avait été si simple et mignon. Mais non. Les prochains troubles allaient être d'un tout autre ordre. Ils allaient s'inscrire dans la catégorie des problèmes qui forgent le caractère de l'homme et lui apprennent l'humilité en public.
Je vous raconte ça la prochaine fois.
Merci Kathleen et Barbie pour vos encouragements. Et je suis content, Marc, de t'avoir offert cet espace thérapeutique.
posté le 9 juillet 2008 @ 00h15
J'attends déjà la suite avec anxiété.Ma fille possède une Hyundai Accent 98.Peut-être devrait-elle se sauver en courant vers un garage japonais(Accent c'est Coréen,M,sieur),pour changer de bagnole?
posté le 2 juillet 2008 @ 15h48
Étant moi-même amateure de voiture et de déboire, les premières lignes de ton texte m'ont intriguée... J'ai donc lu la suite et une chose m'a marquée bien plus que l'histoire: ma foi, monsieur, tu écris vraiment bien!
Bravo pour ça!
posté le 2 juillet 2008 @ 11h23
Bonjour Jean Junior, J'ignore le bien fondé de ces CHRIST de chars, dits automobiles ou véhicules de service....quel mauvais service..
J'ai acheté la FOCUS 2000 ZX3 de ma belle-soeur, en 2002 à la fin de son contrat de location...Je croyais à un bon *deal* 35,000 Km et elle aime pas faire la folle avec...
J'ai cru faire l'achat en OR ..... OUF le restant du parcours fut un enfer de dépenses et heureusement que j'ai acheté la garantie prolongée , truc inutile sur les ordis. ou autre électroménagers , mais sur les bagnoles....Un *MUST*
Et là c'est pas la fin , les concessionaires... tous des bandits, sans masque.
Devines pourquoi Mont-Royal Ford a fermé ses portes , J'ai un téléroman dramatique de déboires et de leurs gaffes successives , Je les cocheraient sur une page de scénario, peu de gens le croierait.
Des *Crosseurs* Jean Crétin,jamais responsable, Pas-le Martin ,quoi moi ministre des finances qui ne paie pas d'impot, Ben voyons donc, trouvez-vous un bon avocat ou... déménagez.
posté le 1 juillet 2008 @ 21h51