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juil. 15
AuteurJean Jr. Landry   

Ma bien-aimée (PARTIE 3)

Débutons par une devinette. Qu'est-ce qu'une Hyundai Accent du Québec doit posséder de plus qu'une Hyundai Accent du Pérou? Des taches de sang de marmotte sur le bumper avant? Nan... pas exactement.

Je n'aurais jamais posé cette question si ça n'avait été de ce terrible jour d'automne où je m'assis dans ma voiture pour réaliser que l'hiver approchait. En effet, une gracieuse buée glaçée sortant de ma bouche non moins gracieuse, je me dis qu'il était temps pour la chaufferette de reprendre du service. Finis les jours d'été où l'on mène le bac de récup au chemin en pantouffles, où l'on décide dans un élan ultra-imprévisible de manger son sandwich sur le perron ou encore de faire sécher le linge à vaisselle sur la queue battante du berger allemand attaché dehors. Je dirigeai donc ma main vers la commande de la chaufferette et la poussai d'un geste plein de conviction vers l'extrême droite, remplis de la naïve assurance qu'un souffle puissant allait jaillir des narines de ma bête de somme.

Mais non. Que dalle.

Il m'arrivait d'amenuiser les défauts de ma voiture. Mais cette fois, j'avais un vague pressentiment de ce que ce silence signifiait. Plus de chaufferette signifiait que notre voiture relativement récente allait devenir une voiture définitivement rétrograde. Désormais, seule sa consommation d'essence allait la différencier de la charette du 17e siècle. Mais avant d'aller me faire diagnostiquer une dépression nerveuse chez le médecin du village, je décidai de reprendre le tout à zéro. Autrement dit, je ramenai le levier vers la gauche. Puis cette fois je le poussai vers la droite avec plus de vigueur.

Mais non. Que dalle.

Je devins alors tendu et me mis à gosser avec le levier de droite à gauche sans arrêt, comme si je croyais que ce truc allait mieux fonctionner en le crinquant. Devant le silence obstiné de la chaufferette, je renoncai finalement et contemplai avec incrédulité toutes les savantes commandes du système de chauffage de la voiture qui en un moment venaient de se joindre au rang des boutons forts jolis mais absolument inutiles de ma voiture. Puis je me ressaisis et retrouvai mon optimisme familier. "Bon, après tout ce n'est pas la fin du monde. Au moins j'ai une voiture qui me mène partout où je veux. Alors je ferai réparer cette chose en temps opportun.

Les finances du québecois fauché moyen étant ce qu'elles sont, le temps opportun ne vint hélàs jamais. Mais le temps des flocons, lui, était fidèle au poste. Et avec lui, le froid.

Ceux qui ont eu le privilège de toujours rouler en voiture de l'année se diront ici: "Bah... pourquoi faire tout un plat pour si peu. À l'époque des chevaux, il n'y avait pas de chaufferette dans les charettes et les gens n'en mourraient pas."

C'est vrai. Mais les charettes n'avaient pas de pare-brise non plus. Or, un pare brise l'hiver accumule ce qu'on appelle le givre intérieur. Et ma voiture semblait affectionner énormément ce givre. Et plus il faisait froid, plus le givre était épais. C'était presque proportionnel. -5 degrés = 5 mm de givre. -20 degrés = 2 centimètres. Ainsi, au début de l'automne, je brandissait une carte de crédit quelconque et grattait vigoureusement l'intérieur des fenêtres, admirant la neige que la manoeuvre me propulsait au visage. Mais lorsque les grands froids gaspésiens se mirent à frapper, je retrouvais tellement de givre à l'intérieur que je commençais à songer à utiliser une pelle. Mais je ne pouvais faire une telle chose. Les voisins m'avaient déjà vu entrer dans ma voiture par le coffre. Allais-je en plus leur offrir le spectacle de quelqu'un qui donne des coups de pelle sur l'intérieur de son pare-brise? No way! Je ne voulais pas remplacer ma ballade de voiture par une ballade d'ambulance avec camisole de force. Je me mis donc à réfléchir. Cela me semblait plus sécuritaire que d'agir impulsivement.

Je me dis que ce givre étant dû principalement à la vapeur de notre respiration, je n'avais qu'à laisser une ouverture à la fenêtre, une fois stationné. C'est ce que nous faisions déjà en roulant de toute façon. Car rouler l'hiver sans chaufferette rend le pare-brise aussi transparent qu'un mur de béton, ce qui nous obligeait à laisser les fenêtres ouvertes et à nous taper une brise glaciale en pleine figure tandis que nos enfants étaient enroulés dans des couvertures de laine pour éviter les engelures et les plaintes à la protection de la jeunesse. Alors pourquoi ne pas laisser cette fenêtre en paix et laisser une ouverture, même stationné. De toute façon, nous étions rendus à un point où le vol de cette voiture ne pourrait être qu'une bénédiction... alors nous ne risquions pas grand chose.

Je laissai donc un petit et innocent demi-centimètre. Le lendemain matin, j'appris qu'un demi-centimètre suffit pour qu'une tempête de neige transforme l'intérieur d'une voiture en centre de ski miniature. Je fut donc contraint à utiliser cette satanée pelle et à pelleter l'intérieur de ma voiture. Et une fois assis sur mon siège, je réalisai que le pare-brise était presque aussi givré qu'à l'habitude. Était-ce normal qu'Il y ait presque autant de neige, de givre et de froid à l'intérieur de ma voiture qu'à l'extérieur? Et était-ce normal que je caresse le rêve de frapper violemment ma voiture à coups de pic à glace? Voilà le genre de questions que je me posai en grattant avec nervosité les fenêtres qui - comble de joie - se remplissaient à mesure de buée à cause de mon souffle.

C'est dans ce genre de moments qu'un homme peut trouver en lui la force de caractère qui fera de lui un vainqueur. Oui, j'étais décidé à ne pas laisser cette voiture l'emporter sur moi. Je disparu alors dans ma maison et ressortit un moment plus tard avec une extension et une chaufferette portative pour la maison. Qu'importe ce qu'allaient en dire les spectateurs, j'allais chasser la moindre trace de givre de ce bolide. Je placai donc la chaufferette dans la voiture et l'ajustai au maximum. Une heure plus tard, l'habitacle était devenu aussi suffocant qu'en plein mois de juillet. Bref, la joie totale.

Ce manège dura 2 hivers. Eh oui. Vous avez bien entendu. Pas 2 jeudis. 2 hivers. Puis l'été passé je considérai que tout cela avait assez duré. Je me mis alors à bricoler dans ma voiture et je trouvai le problème, auquel je pus remédier de moi-même sans frais. Certes, notre système de chauffage fait maintenant autant de bruit qu'une tondeuse mais je peux dire avec fierté que pendant tout l'hiver passé, nous avons pu nous ballader sans enrouler nos enfants dans des couvertures.

Voilà donc les moments les plus mémorables de ma relation avec ma Hyndai Accent 1996. Mais avant de quitter, je dois préciser que malgré toutes ces mésaventures, je considère que ma voiture est un sacré bolide. Malgré ses 225 000 kilomètres, elle n'a pas UNE SEULE FOIS tombé en panne. Malgré les nuits glaciales à -40 degrés celcius, elle a TOUJOURS démarré. Alors malgré sa laideur digne de mention, sa rouille envahissante et ses caprices innombrables, je m'estime chanceux de l'avoir connu et même si je rêve chaque jour de la remplacer, je sais que j'en conserverai à jamais un souvenir agréable.

AuteurJean Jr. Landry
publié le 15 juillet 2008 @ 23h08
CatégorieTranche de vie  Commentaires0 commentaires






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